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ECONOMIE

 

23 Juillet 2022

 

Groupes automobiles, état des lieux fin 2021 et au premier semestre 2022


Petit tour d’horizon du monde automobile, en essayant de comprendre qui domine véritablement le marché en ce début de décennie.

 


Toyota Group : Sans grande surprise, on retrouve en première position, le géant nippon. A la fin de l’année 2021, la firme a réussi à écouler 10.5 millions de véhicules dans le monde. Regroupant les marques Toyota, Hino Trucks, Daihatsu, et Lexus, ses marchés de prédilection restent les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Toyota est également une marque extrêmement populaire sur le vieux continent, mais ses ventes en Europe ne représente 9.5% par rapport au reste du monde. A noter, que Général Motors a perdu sa place de leader aux Etats-Unis face au constructeur nippon en 2021.


Premier semestre 2022: 5.467 millions de véhicules vendus

 

 

 

 

Volkswagen Group : Le géant allemand a connu une baisse significative de ses ventes en 2021, après une année 2020 déjà difficile. Il faudra un peu de temps au groupe Volkswagen, pour retrouver ses résultats de 2019, avant la crise Covid. Regroupant les marques Volkswagen, Audi, Seat, Skoda, Porsche, Bugatti, Traton (Man, Scania...), 8.57 millions de véhicules ont été vendus en 2021. Par rapport au leader mondial, la répartition n’est pas du tout la même, puisque, le marché européen représente 43% de ses ventes. Bien implanté en Chine, Volkswagen a écoulé 3.17 millions (37%) de véhicules, grâce aux coentreprises chinoises. Les ventes en Amérique du Nord et du Sud, ont augmenté, avec 1.3 millions de véhicules, représentant 15% de ses ventes.


Pemier semestre 2022 : 4.533 million de véhicules vendus

 

 

 

 

Renault-Nissan-Mitsubishi Group : Leader mondial éphémère en 2017, le groupe Franco-nippon a vu ses ventes plonger de plus de 20% depuis la crise Covid. Il réussit néanmoins à se stabiliser à la troisième place de ce classement avec 7.7 millions de véhicules vendus. Malgré l’affaire Ghosn et le Covid, le groupe fait bonne figure sur tous les continents. Ses ventes sont en effet réparties à hauteur de 25% en Europe, 15% en Chine, 13% aux Etats-Unis et 7% au Japon. Le groupe se compose de 10 marques (Renault, Samsung Motors, Dacia, Alpine, Nissan, Infiniti, Datsun, Mitsubishi, Venucia et Lada AvtoVAZ vendu en 2022). Nissan reste leader avec 4.05 millions de véhicules, devant Renault (2.7 millions) et Mitsubishi (920 000 ventes). En 2022, le groupe prépare activement l’avenir avec cinq plate-formes électriques à l’étude, et une synergie renforcée entre les différentes marques.


Premier semestre 2022 : 4.082 millions de véhicules vendus

 

 

 

 

Hyundai-Kia Group : Le groupe Coréen n’a pas encore retrouvé son niveau de ventes, d’avant Covid, mais gagne tout de même une place au classement général, en étant le 4ème plus gros producteur au monde. Hyundai a vendu 3.69 millions de véhicules et Kia, 2.78 millions, sans oublier Genesis et ses 200 000 unités. Le groupe a progressé de façon significative en Europe en écoulant près de 1.02 millions de voitures. Bien évidemment, le marché le plus important reste l’Amérique, devant la Corée du Sud, l’Europe et la Chine. La marque séduit grâce à l’électrification rapide de sa gamme (Ioniq 5, EV6) et la popularité de certains modèles, comme le Tucson ou le Sportage. Hyundai-Kia a donc vendu 6.67 millions de véhicules en 2021, mais vise les 7.47 millions d’unités en 2022, malgré la crise des semi-conducteurs.


Premier semestre 2022 : 3.558 millions de véhicules vendus

 

 

 

Stellantis Group : Il s’agit sûrement du groupe qui rassemble le plus de marques automobiles. On compte Peugeot, Citroën, DS, Opel-Vauxhall, Fiat, Alfa-Roméo, Abarth, Lancia, Maserati, Jeep, Dodge, Ram, et Chrysler). Le groupe a réussi à écouler 6.5 millions de véhicules dans le monde, dont 3.1 millions dans toute l’Europe. Grâce à l’ancien Big Three, Chrysler, le groupe se porte bien outre-atlantique, avec 2 millions de ventes en Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada), puis nous avons l’Amérique du Sud avec 800 000 ventes, l’Afrique et le Moyen-Orient (400 000) et l’Asie (200 000). Stellantis n’arrive pas à s’imposer sur le plus gros marché mondial, la Chine, et cela constitue clairement le point faible du groupe. Malgré les réticences de son PDG, Carlos Tavares, envers le tout électrique, Stellantis investit énormément dans le développement et la production de batterie, avec la société Automotive Cells Company (partenariat Total et Mercedes) et sa future usine située aux Etats-Unis (Indiana), en partenariat avec Samsung SDI.


Premier semestre 2022 : 3.274 millions de véhicules vendus

 

 

 

 

GM General Motors Group : Numéro 1 des big three (groupes américains), General Motors a perdu de sa splendeur depuis un certain nombre d’années, et même sa place de numéro 1 aux Etats-Unis en 2021 face à Toyota. Un véritable coup de tonnerre, après 90 ans de domination, GM et son PDG, Mary Barra, ne mise plus sur le nombre de ventes, mais plutôt sur la rentabilité de l’entreprise. Regroupant les marques Buick, Chevrolet, Cadillac, GMC, Wiling ou Baojun, la multinationale mise essentiellement sur le marché chinois qui représente 43% de ses ventes et le marché américain avec 37%. GM totalise 6 millions de ventes dans le monde, en comptant les ventes de Wiling (1.47 millions), dont il détient seulement 33% des parts, de cette co-entreprise chinoise. La marque phare reste Chevrolet, avec 2.33 millions de véhicules. Il s’agit d’une marque qui a déserté le marché européen depuis 2014. D’ailleurs, les résultats du groupe sur l’ancien continent sont anecdotiques, depuis la vente de la marque Opel en 2017.


Premier semestre 2022 : 3.502 millions de véhicules vendus

 

 

 

Honda Group : Avec 4.5 millions de voitures vendues dans le Monde, Honda est septième de ce classement. La marque souffre face au manque de composants électroniques. Elle se repose sur des modèles extrêmement populaires, comme l’Accord, le CR-V, le nouveau HR-V et la Civic. Les ventes en Europe n’ont jamais été aussi faibles, surtout après le Brexit et la fermeture de son usine de Swindon. Le Japon, l’Amérique du Nord et la Chine, sont les marchés les plus porteurs. Non comptabilisé dans le nombre de ventes, la commercialisation de motos est une aubaine pour le constructeur nippon, avec un chiffre d’affaire représentant 15% du total, mais générant 40% du bénéfice de l’entreprise.


Premier semestre 2022 : 2.119 millions de véhicules vendus

 

 

 

Ford Group : En comptant Ford et Lincoln, les ventes du groupe ont fortement chuté depuis 2019 (5.4 millions), avec 4.2 millions de véhicules en 2020, et seulement 3.9 millions en 2021. Il s’agit bien sûr d’un des anciens Big Three, qui vend encore 1.9 millions de ses véhicules sur son territoire, 790 000 unités en Europe, et 330 000 en Chine. En 2021, le constructeur à l’Ovale a vendu ses actions de la marque Rivian (Start-up spécialisée dans le conception de véhicules électriques). Ford préfère se concentrer sur ses propres véhicules électriques, en misant sur sa Mustang Mach-E et son F-150 Lightning.


Premier semestre 2022 : 1.826 millions de véhicules vendus

 

 

 

Suzuki Group : Le constructeur nippon a réussi à écouler 2.76 millions de véhicules en 2021. C’est le seul groupe à avoir progressé lors de ces deux dernières années. Son plus gros marché reste l’Inde, avec 1.4 millions de véhicules vendus grâce à sa filiale Maruti, 608 000 au Japon, et 758 000 dans le reste du Monde. On ne prend pas en compte les ventes de motos bien sûr.


Premier semestre 2022 : 1.439 millions de véhicules vendus

 

 

 

 

BMW Group : Cela concerne les marques BMW, Rolls-Royce et Mini. Le groupe se classe 10ème en terme de ventes automobiles, avec 2.46 millions de véhicules écoulés, après avoir retiré les ventes de BMW Motorrad. BMW a fortement électrifié sa gamme, avec des modèles hybrides rechargeables, mais également 100% électriques (70% de progression des ventes pour les VE). La marque BMW est premier constructeur allemand premium devant Mercedes et Audi. L’Asie reste le marché le plus intéressant pour le groupe, avec 1.06 millions de véhicules vendus, devant l’Europe (948 000) et l’Amérique (450 000).


Premier semestre 2022 : 1.339 millions de véhicules vendus

 

 

 

 

Mercedes-Benz Group : Mercedes talonne la marque à l’Hélice avec 2.3 millions de véhicules écoulés, en enlevant les ventes de camions. La marque perd néanmoins sa place de leader du segment premium. Le groupe a vendu 1 millions de véhicules dans la zone Asie-Pacifique, 696 000 véhicules en Europe et 318 000 en Amérique du Nord.


Premier semestre 2022 : 1.247 millions de véhicules vendus

 

 

 

 

Geely Group : Il s’agit du premier groupe chinois de ce classement. Il prend la douzième place, et représente les marques Geely, Emgrand, Volvo, Polestar, Lotus, Geometry ou Proton. Le groupe a produit 2.15 millions de véhicules, avec notamment environ 830 000 Geely et 699 000 Volvo, les marques phares du groupe. Cela représente 820 000 véhicules pour la Chine, et 1.33 millions de véhicules commercialisés dans le reste du Monde. Le groupe s’associe à Renault en 2022, pour la production en Corée du Sud, de véhicules sous licence.


Premier semestre 2022 : pas de chiffres officiels

 

 

Concernant les autres grands groupes chinois, on doit bien évidemment exclure la SAIC, qui a produit 5.29 millions de véhicules, mais dont les 4/5 représentent la fabrication de modèles pour le compte de constructeurs occidentaux. C’est le même constat pour le groupe FAW (3.94 millions), ou Dongfeng (3.28 millions).

11 Juillet 2022


L’industrie automobile européenne, déclin annoncé


    On le sait à présent, la commission européenne interdira la commercialisation des véhicules à motorisation thermique sur son sol à partir de 2035. Notre continent semble parier sur l’émergence des voitures électriques à moyen terme, et cela implique un certain nombre de problèmes. Approvisionnement en matières premières pour la fabrication des batteries, réseau électrique, recyclage des batteries, installation de bornes de recharge, coût du véhicule à l'achat, l'Europe est-elle prête à faire face à ces challenges? Pas de griefs particuliers contre les véhicules 100% électriques, qui apportent un agrément de conduite certain, un confort acoustique, et un plein d’énergie pour seulement quelques euros à la maison. L’autonomie n'est plus véritablement un problème, avec des batteries pouvant assurer entre 200 et 700km selon le niveau de gamme de votre véhicule. Il faut l’avouer néanmoins, les constructeurs automobiles européens sont loin d’être en position de force, concernant la fabrication des VE.

 


     Il est probable que la clientèle européenne devra faire des sacrifices par rapport à des pays mieux armés dans ce domaine. Pour la caricature, on se rappelle des années 50 ou 60, où le consommateur français était déjà satisfait de disposer d’une Citroën 2CV, ou d’une 4L, alors que nos alliés américains roulaient dans des véhicules bien plus prestigieux, équipés de blocs 6 cylindres, ou de mythiques V8. A cette époque, la France, comme les autres pays de la zone, avaient déjà du mal à s'approvisionner en fer, et le pétrole a toujours été une denrée rare, contrairement aux Etats-Unis. On est encore dans ce cas de figure aujourd'hui, et en 2035, les choses risquent de fortement empirer. Notre regard se tourne à présent vers la Chine, le seul pays à pouvoir produire des véhicules électriques en grande quantité.

 


      Dépendant du pétrole, l’électrification du monde automobile est une aubaine pour l'Asie. Tout va beaucoup plus vite en Chine, qui possède suffisamment de matières premières sur leur territoire. Lithium, Cobalt, et métaux rares, les mines tournent déjà à plein régime, et on rappelle que le leader mondial des fabricants de batteries est chinois. CATL domine le marché, et devance le coréen LG et un autre fabricant chinois, BYD. Ce dernier a une particularité, puisque qu'il produit aussi bien des batteries que des véhicules électriques. C’est un gros avantage de pouvoir contrôler ses approvisionnements en batterie, et on peut-être certain que les marques chinoises iront dans ce sens à moyen terme.

 

 


    Les grands groupes automobiles occidentaux ont-ils encore un avantage technique ou technologique ? La réponse est non. De l’autre côté de l’Atlantique, Tesla domine le marché des véhicules électriques depuis quelques années, avec une production de plus de 935 000 VE en 2021, mais son succès n'est pas assurée à long terme. On retrouve ensuite la SAIC (Shangai automotive Industry Corporation) avec près de 610 000 VE, le groupe Volkswagen (450 000 VE), Renault-Nissan-Mitsubishi ( 236 000 VE) et le groupe Hyundai-Kia (216 000 VE). Tous les constructeurs maitrisent à présent la conception des moteurs électriques, tout comme les technologies embarquées. Difficile de faire la différence en terme de puissance ou de comportement routier, et des marques mythiques telles que Ferrari, Lamborghini ou Porsche, vont être confrontés à une cohorte de nouveaux modèles dans les années qui viennent. Tesla Roadster, Aspark Owl, Lotus Evija, Rima C-Two, Hongqi S9, Nio EP9, les concurrentes sont variées et nombreuses.

 

Ci-dessous, la Nio EP9 de 1341ch, qui a prouvé son savoir-faire sur le Nurburgring

 


    Ce qui affectera vraiment l’économie européenne, c’est évidemment la production de masse. Impossible de bloquer les exportations des véhicules chinois, quand ces derniers répondent à toutes les normes en vigueur. MG, Seres, Aiways, Link&Co, pas mal de modèles sont déjà disponibles sur notre marché. Véhicule moins cher à l’achat, disponibilité rapide, les constructeurs européens sont à la ramasse. Problème d’approvisionnement en batterie ou en semi-conducteur, l'Europe tarde à réagir, et à part la société suédoise Northvolt, les usines locales pour la production de batteries, sont encore à l’état de projet. Afin de pouvoir fabriquer ces fameuses batteries, les matières premières telles que le Cobalt ou le lithium, et les métaux rares, sont indispensables. On peut donc s’attendre à une nouvelle période de colonisation mondiale. Non plus militaire on l’espère, mais une colonisation économique, concernant des pays comme la RDC (République démocratique du Congo), la nouvelle Calédonie, Cuba, Zambie, Chilie, Argentine, Zimbabwe et j’en passe. Le Mexique a par exemple déjà nationalisé ses mines de Lithium pour éviter toute forme de pillage. Les différents modes d'extraction posent également problème. Si les grandes métropoles mondiales disposeront d’une air plus pure, l’état général de la planète ne devrait par contre, pas s'améliorer. Utilisation massive de réserve en eau, pollution des sols, bilan carbone peu glorieux, recyclage du lithium nul, nous avons finalement déplacé le problème de pollution, à l'échelle planétaire.

 

 


   Pour faire fonctionner cette nouvelle génération de véhicules, la production massive d’électricité est obligatoire, et l’Europe ne dispose pas encore d’un tel réseau. Il reste donc environ 13 ans aux gouvernements respectifs, pour trouver des solutions. La France est certainement le pays le mieux armé grâce à ses centrales nucléaires, mais cette technologie est également sur la sellette, un non sens à l'Européenne. Il faut dire qu'après toutes ces années, aucune solution n'a encore été trouvé concernant les déchets radioactifs. L’Allemagne avec ses centrales au charbon, au fioul ou au gaz, se trouve dans une situation encore plus inconfortable. Les énergies renouvelables seront bien sûr insuffisantes pour alimenter les batteries de notre futur parc automobile VE. Difficile de comprendre la stratégie à long terme de nos dirigeants, et la solution finale viendra peut-être des chercheurs.

 

 


   Le véhicule fonctionnant à l’hydrogène va-t-il sauver notre industrie? Une pile à combustible et un moteur électrique, l’hydrogène peut également être utilisé dans un moteur thermique afin de remplacer les carburants traditionnels. Ce type de véhicule notamment étudié par BMW dans les années 2000, a la particularité de ne pas polluer, avec à la sortie du pot d’échappement, de la vapeur d'eau et de la chaleur. Malheureusement, les moteurs thermiques n’existeront plus. D’ailleurs, la production d'hydrogène est anecdotique en Europe, et demande une quantité d'énergie certaine. Une interrogation de plus, les scientifiques trouveront-ils une nouvelle méthode de production dans les années à venir?

 

Ci-dessous, le prototype BMW Série 7 Hydrogène à moteur thermique de 2006

 


N’oublions pas également l’aspect émotionnel, face à ce nouveau monde automobile. Malgré la puissances démesurée des futurs hypercars ou le couple omniprésent des véhicules plus accessibles, le caractère d'une motorisation électrique, est exactement le même, chez toutes les marques automobiles. Pas de caractère particulier donc, et aucune sonorité qui pourraient procurer quelques frissons, le futur automobile sera surtout pratique. La voiture sera un engin exclusivement fait pour nous déplacer, et le client aura certainement à cœur de garder son véhicule le plus longtemps possible. C'est à peu près la seule bonne nouvelle, puisque l'entretien sera quasiment nul et les futurs batteries auront certainement une durée de vie appréciable d’ici là. Il faut s’attendre à une explosion des ventes de véhicules thermiques en 2033 et 2034 pour les passionnés et les futurs collectionneurs, et à un ralentissement du marché à partir de 2035. Le but sera certainement de faire un maximum d’économies à l'avenir, et de se concentrer sur d'autres loisirs.

 

  En attendant, les constructeurs automobiles occidentaux et nos chères marques françaises, sont peut-être déjà en sursis. Dominer le marché automobile mondial est souvent un bel indicateur économique, et l'occident est sur le point de perdre son hégémonie face à des pays mieux lotis et mieux préparés. Les Etats-Unis et l'Europe, ne sont effectivement pas en position de force. Les pays asiatiques (Japon ou Corée) seront relativement épargnés, mais la Chine est bel et bien, le nouvel eldorado du monde automobile. Comme l’empire romain à la fin du 5ème siècle, le monde occidental est sur le point d’imploser.